EGOTINE : UNE VENTE EN LIGNE D’ E-CIGARETTE PAS COMME LES AUTRES

Ou comment gérer la transition « tabac-infarctus-cigarette électronique »…

Entretien avec Eric CAMLAY, initiateur du site EGOTINE.

Par Pétra Lungi (journaliste free lance – attachée de presse)

 

Pétra – Lorsque nous avons parlé au téléphone pour la première fois, très rapidement tu m’as dit que l’existence du site de vente d’ecigarettes était lié à ton histoire personnelle récente. Que voulais-tu dire ?

Eric – En fait, j’ai fumé ma première cigarette à 11 ans. Vers 12, 13 ans, je fumais déjà un paquet par jour. A 30 ans, j’étais à trois paquets…Il y a trois ans, ma sœur Nadine, qui est infirmière, a regardé mes mains, mes doigts et m’a dit tu fais de l’hippocratisme digital ! Tu as vu, mes ongles sont encore bombés, courbés au bout. On appelle ça aussi « doigts en baguettes de tambour » …

 

Pétra – C’est un signe de…


Eric – Un mauvais signe surtout ! J’ai fait un examen des poumons : on a vu que j’avais les poumons bien pris. Par le goudron bien sûr. Mais rien d’autre. Et puis, en 2011…d’un coup après dîner : une douleur au niveau du cœur, une brûlure, un vrai feu dans la poitrine et dans le bras gauche, une douleur insupportable. Vite, on m’a conduit aux urgences de l’hôpital de ma ville. Je sentais que je n’avais plus que le quart de mes forces. Je me sentais partir. Et puis je ne pouvais plus parler vraiment, de plus en plus faiblement. J’étais en train de mourir.

 

Pétra – Qu’est-ce qui t’a sauvé ?

Eric – En premier, c’est la rapidité avec laquelle j’ai été conduit à l’hopital. Le cardiologue a
bien dit qu’un quart de plus et j’étais mort, ça s’est joué à peu de temps. Ensuite, il y a eu les
gestes médicaux et notamment une thrombolyse, une piqûre pour stopper un spasme
artériel qui rétrécit l’artère ou déboucher une artère obstruée, surtout les coronaires autour
du coeur. Je suis revenu à moi peu à peu.

 

Pétra – Ouf !

Eric –  On m’a conduit à Fontpré, le grand hôpital de Toulon. J’y suis resté trois jours et en suis ressorti avec un ressort en Titane dans le coeur. Je n’ai pas supporté d’y rester plus. J’ai signé la décharge et je suis sorti. Avec ma femme on est allé au café. Je lui ai demandé de m’apporter mes cigares. Elle m’a regardé, un peu effarée. A cette époque je fumais des cigares. Je voulais simplement les avoir avec moi, pas les fumer. Elle m’a dit je te les apporte, par contre, je ne veux pas voir ça ! En fait je n’ai pas fumé. Mais ça me rassurait de les avoir près de moi.

Pétra – Tu n’as pas refumé ?

Eric – Non. Ma belle-soeur m’a dit qu’elle avait entendu parler de « cigarette électronique ».
Je suis allé m’acheter ma première cigarette électronique le jour même, avant de craquer pour un cigare. La sensation était un peu différente, mais belle et bien présente. J’en ai même toussé. Puis il fallait apprendre une nouvelle gestuelle. Tu ne peux pas la garder au coin des lèvres, c’est trop lourd. Puis, au bout de trois jours, c’était acquis, pas de problème. Maintenant je ne manque pas de nicotine. C’était ma crainte, ressentir ce manque. J’ai le sentiment de m’être arrêter de me tuer, pas de fumer. Quant au travail : je suis en arrêt maladie. C’est vrai que j’avais un travail très stressant, qui n’a rien arrangé à l’affaire.

Pétra – Tu n’as pas eu l’envie d’arrêter complètement. Et le tabac et la nicotine ?

Eric – Non ! Je suis vraiment un fumeur. Il m’arrivait fréquemment de prendre du café, du
chocalat ou de l’eau fraîche pour mieux encore apprécier le goût de la cigarette. Avec
l’ecigarette, c’est moins le cas. Mais c’est pour dire que fumer pour moi, c’est vraiment ancré,
important. Cela fait quelques mois que j’ai eu cet infarctus et je me sens vraiment
bien. J’avais un problème important d’oxygénation. Maintenant que le goudron n’est plus là,
je me sens libéré.

Pétra – Et la boutique d’ecigarette sur internet ?

Eric – L’idée a germé à peu près un mois après le début de la convalescence. Cela m’est venu pendant ma rééducation cardiaque à l’hôpital de jour. Quand tu as un infarctus, il y a une équipe médicale autour de toi, avec qui tu parles des alternatives à la cigarette, des choses à faire, des exercices physiques pour aller mieux: moins de café, des fruits et légumes, de l’exercice physique, arrêter le tabac et éliminer le plus possible les sources de stress ! En fait, l’équipe médicale ne propose pas de solution unique. La démarche reste malheureusement très individuelle en dehors de conseils de base. Pas une seule fois quelqu’un m’a parlé de la cigarette électronique et pas un seul convalescent n’en avait entendu parlé.

 

Pétra – Quand même, les médecins connaissent la cigarette électronique !?

 

Eric – J’étais à Rénée Sabran, un centre de rééducation cardio-vasculaire. Je voyais les convalescents, les mêmes qui étaient sur un lit d’hôpital 15 jours avant, entrain de fumer des cigarettes de tabac, des tueuses comme les appellent les fumeurs de cigarettes électroniques. Le fait que le milieu hospitalier ne les informe pas de l’existence de cette alternative m’a révolté. Surtout ne touchez pas à ça ! Je leur disais. J’ai parlé de la cigarette électronique avec des cardiologues, avec qui on fait le point toutes les semaines. Aucun ne connaissait la cigarette électronique. Pourtant c’était en 2011 ! C’est récent.

Pétra – Qu’en pensent-ils ?

Eric – La réaction a été plutôt positive. Ils m’on dit « le mieux est de ne pas fumer du tout, mais tant qu’il n’y a pas de combustion, ça va ». La combustion du tabac et du papier c’est 4000 substances chimiques dont 60 cancérigènes. C’est ce qu’on m’a dit du moins. Cela a renforcé en moi l’envie de faire connaître la cigarette électronique, de faire une boutique sur internet, mais qui ne serait pas seulement un lieu de vente, mais aussi un lieu d’information objective, scientifique, sans faire de concession d’aucune sorte. C’est pour ça que je ai demandé à Paul Keirn, journaliste scientifique et psychosociologue de formation, si il pouvait m’aider à faire ce travail de collecte d’information.

Pétra – Penses-tu conserver la nicotine ?

Eric – Oui, peu à peu j’ai changé le dosage en nicotine de ma cigarette électronique. Je suis
passé du 24 mg, qui n’existe plus à présent, au 20 mg, puis au 16 mg et maintenant j’en suis à 11 mg.

Pétra – Quelles sont les améliorations que tu constates depuis l’arrêt de la cigarette classique ?

Eric – Il y a eu une réduction nette de l’hippocratisme digital, tu vois le bout de mes doigts. . J’ai bien récupéré en souffle, mon teint, ma peau a également changé. Et puis le budget ! Pff ! Enorme. Tu sais, je dépensais 15 € par jour environ. Trois paquets par jour ! Ça faisait deux cartouches par semaine, plus de 100 €.
Maintenant l’équivalent de deux cartouches en e-liquide, ça fait 11.80 € !!! Disons 12 €. ça fait quand même presque dix fois moins.

Pétra – C’est fou ! Et socialement, ça change quelque chose ?

Eric – Ah oui ! Des amis d’amis demande à me rencontrer. Il y a la curiosité des autres, qui est très importante. Je reçois des coups de téléphone des visiteurs du site. Mes amis me disent que la voiture ne sent plus le tabac. Et puis, le fait d’utiliser la cigarette électronique créé des rencontres spontanées. Surtout quand je suis au café. Parfois il y a des gens qui m’abordent. Il arrive que ce soit le contraire : dernièrement, il y avait une femme enceinte qui fumait. Je n’ai pas pu m’empêcher : je lui ai dit « mais pourquoi vous n’essayez pas la cigarette électronique ?! ». On a parlé. Maintenant c’est une cliente régulière d’eGotine et une amie. Elle m’appelle de temps à autre. Cela me fait plaisir d’avoir contribué à cette démarche.

Pétra – ça n’est pas un trop gros stress de t’occuper de la boutique ?

Eric – Non, cette boutique appartient à mon frère. Je l’aide en le conseillant, en m’occupant du site, en répondant au téléphone, en contactant une journaliste très jolie aussi ( rires ). Lui aussi fumait beaucoup avant mon infarctus. Du coup, il s’est mis à la cigarette électronique en même temps que moi. On essaie de sauver le plus possible de gens du tabac et de l’infarctus, tout en ayant une activité.

Pétra – On va peut-être s’arrêter là si tu es d’accord. C’était sympa.

Si je comprends bien c’est maintenant à moi de travailler, de collecter les infos les plus pertinentes, les analyser et de faire connaître ta démarche ?

 

Eric – Exactement !